Jérusalem se tient à environ huit cents mètres d'altitude, sur la ligne de partage entre le versant méditerranéen et le désert de Judée. Cette position explique deux caractéristiques directement utiles au photographe : un air très sec, donc un contraste élevé, et un ciel souvent parfaitement dégagé, sans le voile blanc des villes côtières.
La seconde donnée est réglementaire et visuelle à la fois : depuis le début du vingtième siècle, les constructions de la ville sont revêtues du calcaire local. L'ensemble urbain a donc une couleur unique, ce qui est rare. Le photographe n'a pas à composer avec des matériaux qui se contredisent, il travaille une seule matière, et tout se joue sur l'angle de la lumière qui la frappe.
Une pierre qui change trois fois de couleur
Le calcaire de la région est clair et légèrement doré. Au petit matin, quand le rayon arrive par l'est et traverse encore beaucoup d'atmosphère, il prend une teinte rose pâle. En milieu de journée, sous une lumière verticale, il devient blanc crayeux et perd tout relief. En fin d'après-midi, il vire franchement à l'orange, et les creux de taille redeviennent visibles.
C'est exactement le comportement des murailles de terre du sud marocain, qui passent du rose au rouge en une journée. La progression y est décrite en détail dans la page sur les murs et les ruelles des médinas marocaines. La différence tient à la matière : la terre absorbe et rougit, le calcaire réfléchit et blanchit, ce qui rend Jérusalem plus difficile à exposer.
Ce qu'il faut regarder avant de choisir un point de vue
- L'orientation du mur. Une muraille exposée à l'est ne vaut que le matin, une muraille exposée à l'ouest ne vaut que le soir. C'est le premier tri à faire.
- La hauteur du point de vue. Les toits en terrasse de la vieille ville et les hauteurs situées à l'est donnent une vue plongeante sur un enchevêtrement de coupoles.
- La largeur de la ruelle. Beaucoup de rues font moins de trois mètres et restent à l'ombre toute la journée : l'écart avec le ciel y devient énorme.
- La foule des jours de fête. Le calendrier religieux change complètement l'occupation des places et des accès.
Le problème du blanc réfléchissant
Une pierre claire en plein soleil renvoie beaucoup de lumière, et la mesure automatique d'un appareil, calibrée sur une valeur moyenne, tend à la sous-exposer. La ville paraît alors grise et lourde. À l'inverse, corriger trop généreusement fait disparaître les nuances de la pierre, qui deviennent un aplat blanc sans texture.
Le même piège se tend dans les villages chaulés de Méditerranée, où le blanc pur occupe parfois la moitié du cadre. La méthode d'exposition y est développée dans la page sur le bleu et le blanc des îles grecques, et elle se transpose sans changement à Jérusalem : mesurer sur la zone claire, accepter des ombres denses, et laisser le contraste raconter la ville.
Trois échelles de travail
La première échelle est celle du panorama : la ville vue depuis les hauteurs de l'est, avec les remparts en avant-plan et le désert qui commence derrière. Elle demande la fin de la journée, quand la lumière vient d'en face et colore toute la façade orientale.
La deuxième échelle est celle de la rue, où le sujet devient l'écart entre l'ombre et le rai de lumière. La troisième est celle du détail : un chambranle, une inscription, une usure de seuil. Cette dernière tient toute la journée, à condition de rester dans l'ombre portée d'un mur et d'utiliser la lumière rebondie de la ruelle.
| Moment | Teinte de la pierre | Ce que l'on photographie |
|---|---|---|
| Première heure | Rose pâle, ombres longues vers l'ouest | Remparts est, portes, terrasses |
| Milieu de matinée | Beige clair, relief encore lisible | Détails de taille, escaliers, façades nord |
| Midi | Blanc crayeux, aucun modelé | Ruelles couvertes, intérieurs, contre-jours de porche |
| Dernière heure | Orange soutenu, ombres longues vers l'est | Panoramas, murailles ouest, coupoles |
Un principe qui voyage
Une ville d'une seule matière se photographie comme un paysage minéral : ce n'est pas la couleur qui varie, c'est l'angle. Le raisonnement vaut pour les bastions de calcaire d'une île méditerranéenne, où la pierre passe elle aussi du beige au miel en une heure, comme le montre la page sur les remparts de La Valette à la lumière du soir.
Il vaut enfin pour tout ensemble construit selon un axe unique, où la seule vraie question est de savoir à quelle heure le soleil vient se placer dans cet axe. C'est ce qu'expose, sur un tout autre terrain, la page consacrée à la symétrie des jardins de Versailles.