Aller au contenu
Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Méditerranée et îles

Îles grecques, le bleu et le blanc en photo

Le blanc chaulé et le bleu de la mer Égée forment le couple de couleurs le plus photographié de Méditerranée. C'est aussi le plus difficile à traiter : deux surfaces extrêmes, l'une qui renvoie presque toute la lumière, l'autre qui en absorbe une bonne part.

Méditerranée et îles

Village aux maisons cubiques blanches accroché à une pente, une coupole bleue au premier plan et la mer sombre en contrebas, fin d'après-midi
La coupole bleue n'occupe qu'un dixième du cadre : c'est le rapport de surface qui fait tenir l'image, pas la couleur elle-même.

Les Cyclades sont un archipel d'une trentaine d'îles principales dispersées au centre de la mer Égée, entre trente-six et trente-huit degrés de latitude nord. Le climat y est sec, l'air très transparent, et le vent, l'été, souffle du nord pendant des journées entières. Ces trois faits expliquent l'essentiel de ce qu'on y photographie : un contraste élevé, des couleurs franches, et une mer rarement lisse.

L'habitat traditionnel, cubique et chaulé, n'a pas été conçu pour les photographes mais pour la chaleur : la chaux renvoie le rayonnement et protège la maçonnerie. Elle produit au passage la surface la plus réfléchissante d'un village méditerranéen, celle qui décide de l'exposition de toute l'image.

Exposer pour le blanc, composer pour le bleu

La règle la plus solide consiste à mesurer sur le mur blanc en plein soleil et à le placer juste sous la limite de saturation. Le reste suit : les ombres deviennent bleutées, parce qu'elles ne reçoivent plus que la lumière du ciel, et cette teinte froide est un cadeau. Elle donne une deuxième couleur au blanc sans qu'on ait rien à faire, et c'est souvent elle, plus que la coupole peinte, qui structure la photographie.

La difficulté vient du rapport de surface. Un cadre rempli aux trois quarts de blanc paraît vide. Il faut donc réserver au blanc un rôle de fond et donner le premier rôle à un élément mineur mais saturé : une porte bleue, un volet, un bougainvillier, une barque. Ce raisonnement sur les surfaces est le même que celui exposé dans la page sur les patios et la chaux d'Andalousie, où le géranium joue le rôle que tient ici la coupole.

Ce qu'il faut regarder dans un village cycladique

  • La ligne d'ombre. Elle traverse les murs en diagonale et donne la seule structure d'un village entièrement blanc.
  • L'orientation du village. Les villages perchés sur la côte ouest reçoivent le soleil du soir en plein; ceux de la côte est sont éteints dès seize heures.
  • Le vent du nord. Il hache la mer, supprime les reflets et rend le bleu plus sombre, plus profond, souvent plus intéressant.
  • Les escaliers. Ils fournissent la géométrie qui manque aux façades lisses, surtout vus d'en haut.

Pourquoi la mer Égée est si sombre

La couleur d'une mer dépend de trois choses : la profondeur, la nature du fond et l'angle sous lequel on la regarde. Autour des Cyclades, le fond plonge vite et le sable clair est rare, si bien que l'eau ne renvoie presque aucune lumière depuis le fond. Vue de haut, depuis un village perché, elle apparaît d'un bleu très dense, presque encre, qui contraste violemment avec la chaux.

C'est le contraire exact des eaux peu profondes des lagons, où chaque nuance correspond à un fond et à une profondeur, comme l'explique la page sur les lagons des Caraïbes et leur exposition délicate. Deux mers, deux physiques, deux méthodes : ici, on cherche la densité; là-bas, on cherche le dégradé.

Escalier chaulé montant entre deux maisons, la rampe projette une ombre bleutée nette sur les marches blanches
L'ombre sur la chaux n'est pas grise mais bleue : c'est la couleur du ciel qui s'y dépose.
Porte peinte en bleu vif dans un mur blanc, une branche de bougainvillier rose entre par le haut du cadre
Trois couleurs suffisent, à condition qu'une seule occupe la grande surface et que les deux autres restent minoritaires.

Sortir de la carte postale

Le sujet est si connu que la difficulté n'est plus technique mais éditoriale. Trois déplacements donnent presque toujours des images plus solides. Le premier consiste à photographier tôt, avant que le soleil ne durcisse, quand le blanc est encore rosé et les rues vides. Le deuxième consiste à cadrer serré, en abstraction, sur un angle de mur et une ombre, sans jamais montrer la mer. Le troisième consiste à inclure le travail : filets, barques, chantiers de peinture, chargements, ce qui fait qu'un village n'est pas un décor.

Ce que devient le couple blanc et bleu au fil de la journée
MomentLe blancLa mer
LeverRose pâle, très douxGris argenté, encore sans couleur
MatinéeBlanc franc, ombres bleues nettesBleu moyen, reflets nombreux
Milieu de journéeÉblouissant, sans modeléBleu profond vu d'en haut, blanc éblouissant vu de face
Fin de journéeCrème puis orangéBleu très dense, presque noir à l'ombre des îles

Un principe qui voyage

Un sujet à deux couleurs se gère par les proportions, pas par la saturation. Le même exercice se pose sur des îles atlantiques où le noir volcanique remplace le blanc chaulé : le rapport de surface y devient encore plus décisif, comme le montre la page sur les deux visages des îles espagnoles, entre criques calcaires et coulées de lave.

Petites barques de bois amarrées dans un port abrité, l'eau claire laisse voir les galets du fond et la lumière du soir dore les coques
Dans un port abrité, la mer redevient claire et transparente : c'est le seul endroit où l'on voit le fond en Égée.

À voir ensuite

Pour un sujet méditerranéen entièrement minéral, où la couleur ne vient plus de la peinture mais de la pierre, la page sur les remparts de La Valette à la lumière du soir prolonge cette rubrique vers l'architecture militaire.

Et pour comprendre comment une mer peu profonde se comporte à l'inverse de l'Égée, la page sur les lagons caribéens détaille la lecture des turquoises, profondeur par profondeur.