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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Méditerranée et îles

Andalousie, patios et lumière blanche

En Andalousie, deux mondes lumineux cohabitent à deux mètres l'un de l'autre : la rue chaulée qui renvoie tout, et le patio qui filtre tout. Passer de l'un à l'autre suppose de changer complètement de réglage, et souvent de sujet.

Méditerranée et îles

Ruelle aux murs blanchis à la chaux couverte de pots de géraniums rouges, le soleil frappe le haut des murs et l'ombre occupe le sol
Sur un mur chaulé, le rouge d'un géranium est la seule couleur saturée du cadre : elle suffit à tenir l'image.

L'Andalousie occupe le sud de la péninsule ibérique, entre trente-six et trente-huit degrés de latitude nord. En juillet, le soleil y monte à plus de soixante-dix degrés au-dessus de l'horizon à midi, ce qui revient à une lumière presque verticale. Sur des murs blanchis à la chaux, cette verticalité produit un phénomène très particulier : la rue devient une boîte réfléchissante où la lumière rebondit de mur en mur.

Ce rebond a un avantage considérable. Les ombres, au lieu d'être noires, sont remplies d'une lumière blanche et douce qui vient de la façade d'en face. Un visage photographié à l'ombre dans une ruelle chaulée est éclairé comme dans un studio, avec un contraste faible et un modelé régulier. C'est l'inverse d'une médina de terre, où la couleur du mur teinte tout ce qu'elle éclaire, comme le décrit la page sur les ruelles ocre des médinas marocaines.

Le blanc, cette surface qui trompe la mesure

Un mur chaulé en plein soleil est l'une des surfaces les plus lumineuses qu'un photographe rencontre en ville. La mesure automatique, qui cherche une valeur moyenne, le rend gris. Il faut donc surexposer volontairement, souvent d'un diaphragme et parfois davantage, pour retrouver un blanc franc. Mais en surexposant trop, on efface les nuances de la chaux, ses coulures, ses reprises, ses ombres légères de relief.

Le réglage juste consiste à viser le blanc le plus clair du cadre et à le placer juste en dessous de la saturation complète. C'est exactement la méthode employée dans les villages chaulés des Cyclades, décrite dans la page sur le blanc et le bleu des îles grecques, avec une différence notable : en Andalousie, le contrepoint n'est pas la mer mais le vert sombre des orangers et le rouge des pots de fleurs.

Ce qu'il faut regarder dans un village blanc

  • La ligne de partage. Là où l'ombre coupe le mur, la chaux passe du blanc pur au bleu très pâle : c'est la meilleure zone de l'image.
  • Les grilles et les ferronneries. Elles fournissent le noir dont une image en blanc a besoin pour ne pas paraître délavée.
  • Les azulejos. Les carreaux de faïence apportent un bleu profond et un motif régulier, deux choses rares sur un mur uniforme.
  • Le porche du patio. Il fait la transition entre deux mondes lumineux et se photographie en cadre dans le cadre.

Le patio, une pièce sans plafond

Le patio andalou est un espace fermé, souvent carré, ouvert sur le ciel et planté. Il fonctionne comme un puits de lumière : au fil de la journée, une tache de soleil traverse le sol et les murs, puis disparaît, laissant une lumière entièrement diffuse. Cette lumière est idéale pour les fleurs, les carrelages et les fontaines, parce qu'elle sature les couleurs sans creuser les ombres.

La difficulté est ailleurs : le ciel vu depuis un patio est presque toujours brûlé. Deux solutions simples existent. On l'exclut du cadre en visant vers le bas ou vers un mur, ou bien on l'intègre volontairement comme une zone blanche assumée, en le réduisant à une bande étroite entre deux galeries.

Patio carré au sol de carreaux bleus, une fontaine centrale et des plantes en pot dans une lumière diffuse sans ombre marquée
Sous une lumière entièrement diffuse, le carrelage retrouve sa couleur exacte et le contraste tombe d'un cran.
Rangs d'oliviers réguliers épousant des collines sèches, la lumière rasante du soir dessine l'ombre de chaque arbre
Hors des villages, les rangs d'oliviers se lisent comme un motif : ils demandent la même lumière basse que les cultures alignées.

Trois moments, trois sujets

Le matin, la lumière entre latéralement dans les rues orientées est-ouest et donne du volume aux façades. C'est le moment des vues d'ensemble et des perspectives de ruelles. À midi, la rue est inexploitable en vue large mais parfaite pour les portraits à l'ombre, grâce au rebond. En fin de journée, la chaux prend une teinte crème, la campagne environnante entre en jeu, et les oliveraies deviennent le sujet principal.

Rue et patio, deux régimes de lumière
LieuSourceCe qui se photographie bien
Rue au soleilDirecte, verticale, très forteContrastes de blanc, ombres portées géométriques
Rue à l'ombreRebond du mur d'en face, blanc et douxPortraits, détails de ferronnerie, fleurs
PatioCiel ouvert, lumière diffuseCarrelages, plantes, architecture intérieure
CampagneRasante en début et fin de journéeOliveraies, collines, murs de ferme isolés

Un principe qui voyage

Une surface claire n'est pas seulement un sujet : c'est un réflecteur qui éclaire tout ce qui l'entoure. Ce raisonnement vaut sur une plage de sable clair, où le sable renvoie la lumière sous les palmiers, et il change complètement la façon d'exposer une scène de bord de mer. La démonstration est faite dans la page sur les bleus méditerranéens de la Côte d'Azur.

Sur la façade atlantique de la péninsule, le même goût pour les surfaces carrelées donne une variante urbaine très différente, exposée dans la page sur les façades portugaises et les falaises de Madère.

À voir ensuite

La rubrique entière part du même problème : une lumière forte sur des surfaces claires. La page sur les îles grecques et leur couple bleu et blanc en donne la version la plus extrême, celle où le blanc occupe parfois la moitié du cadre.

Pour un sujet minéral plutôt que villageois, les bastions d'une île voisine offrent la même chaux de calcaire mais en volumes massifs : voir la page sur les remparts de Malte en fin de journée.