Aller au contenu
Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

La France en images

Côte d'Azur, le bleu méditerranéen en cadrage large

Le bleu que l'on vient chercher entre Nice et l'Esterel n'est pas une propriété de l'eau : c'est le résultat d'une profondeur, d'un angle de vue et d'une heure. Changez l'un des trois et la même mer devient grise, argentée ou presque noire.

La France en images

Baie vue en plongée depuis une colline, la mer d'un bleu profond occupe la moitié du cadre et une promenade bordée de palmiers longe le rivage
Vue d'en haut, la mer ne renvoie plus le ciel mais sa propre couleur : c'est la plongée qui fabrique ce bleu dense.

La côte méditerranéenne française se situe autour de quarante-trois degrés de latitude nord. L'air y est sec, la couverture nuageuse faible une grande partie de l'année, et le relief tombe rapidement dans la mer : entre l'Esterel et la frontière italienne, on passe de plusieurs centaines de mètres d'altitude au niveau de l'eau en quelques kilomètres. Ce relief est l'atout principal du photographe, parce qu'il donne des points de vue en plongée.

La couleur d'une mer dépend de l'angle sous lequel on la regarde. À ras de l'eau, la surface se comporte comme un miroir et renvoie le ciel : la mer paraît alors argentée, blanche à contre-jour, parfois complètement délavée. Vue de haut, la réflexion diminue fortement et l'on perçoit la lumière qui remonte de la masse d'eau elle-même, ce bleu profond caractéristique. Cent mètres de dénivelé changent donc plus la couleur qu'une heure d'attente.

Deux mondes à cent mètres de distance

La ville et la plage ne se photographient pas de la même façon. En ville, les façades ocre et roses, les toits de tuiles et les palmiers imposent une lumière basse pour éviter que le blanc du ciel ne domine. Sur la plage, le sable clair ou les galets renvoient une lumière très forte vers le bas des sujets, ce qui remplit les ombres et supprime le modelé des visages.

Ce comportement de réflecteur est le même que celui d'un mur chaulé dans un village du sud de l'Espagne, où l'ombre reste claire parce que la façade d'en face la remplit : la page sur les patios et la lumière blanche d'Andalousie décrit ce mécanisme en détail. Sur une plage, il faut en tenir compte au moment de mesurer, sous peine d'obtenir des images grises.

Ce qu'il faut regarder avant de cadrer une baie

  • La hauteur du point de vue. C'est le premier réglage de la couleur de l'eau, avant tout autre paramètre.
  • La position du soleil par rapport à la mer. Dos au soleil, la mer est bleue; face au soleil, elle est blanche et le sujet devient la silhouette.
  • Le mistral. Il nettoie l'atmosphère et donne les journées les plus transparentes de l'année, avec une mer sombre et hachée.
  • La couleur du rivage. Galets gris, sable beige ou roche rouge de l'Esterel : le rivage teinte l'eau proche du bord.

La roche rouge et l'eau bleue

Le massif de l'Esterel est formé de rhyolite, une roche volcanique rouge orangé qui plonge directement dans la mer. Ce rapport entre un rouge minéral et un bleu profond est l'un des contrastes les plus forts de la côte, et il fonctionne d'autant mieux que ces deux couleurs sont opposées sur le cercle chromatique. La difficulté est de ne pas en rajouter : les deux teintes arrivent déjà saturées, et toute correction supplémentaire produit une image de carte postale.

Ce principe de retenue devant des couleurs déjà données se rencontre partout où le sujet est vif par nature, des marchés tropicaux aux façades peintes. Il est développé dans la page sur les lagons des Caraïbes et leur exposition, où le turquoise pose exactement le même problème que le bleu méditerranéen, en plus clair.

Rochers de rhyolite rouge plongeant dans une eau bleu profond, écume blanche au pied de la roche
Rouge et bleu se renforcent mutuellement : il suffit de doser les surfaces, jamais la saturation.
Façade ocre aux volets bleus fermés, la lumière rasante du matin dessine l'ombre portée d'un balcon en fer forgé
En ville, la couleur vient du crépi : les volets et les ferronneries fournissent le contrepoint sombre.

Les heures utiles d'une côte très éclairée

En été, entre onze et seize heures, la lumière est presque verticale et la mer perd son relief. C'est le moment de photographier à l'ombre, dans les vieilles villes, sous les arcades et dans les marchés. La photographie de paysage reprend en fin d'après-midi, quand la lumière rasante fait ressortir les reliefs de la côte et allonge les ombres des palmiers sur les promenades.

Le matin, très tôt, la mer est souvent lisse et le littoral encore vide : c'est la seule fenêtre où l'on obtient des reflets complets sur l'eau, avant que la brise de mer ne se lève, généralement en milieu de matinée.

La couleur de la mer selon le point de vue
PositionCe que renvoie la surfaceCouleur obtenue
Au ras de l'eau, face au soleilRéflexion maximale du ciel et du soleilBlanc argenté, contre-jour
Au ras de l'eau, dos au soleilRéflexion du ciel bleuBleu clair, peu saturé
En hauteur, dos au soleilLumière remontant de la masse d'eauBleu profond, dense
En hauteur, sur haut-fondLumière réfléchie par le fond clairTurquoise localisé près du rivage

Un principe qui voyage

La couleur de l'eau se choisit par la position du photographe. Cette règle, valable ici sur cent mètres de dénivelé, devient spectaculaire quand on prend beaucoup plus de hauteur au-dessus d'un lagon peu profond : la page sur les lagons calédoniens vus du ciel en donne la démonstration extrême.

Et pour la même côte méditerranéenne vue depuis ses îles, avec un calcaire et des criques comparables à celles de l'Esterel en plus clair, la page sur les deux visages de l'île espagnole prolonge utilement la comparaison.

À voir ensuite

Pour l'ensemble du territoire et les différences de lumière entre le nord et le sud du pays, la page sur le patrimoine français en images replace cette côte dans son contexte.

Pour l'exercice exactement inverse, celui d'une lumière instable où l'on attend plus qu'on ne choisit, la page sur la côte bretonne montre une autre façon de travailler le littoral français.