Les archipels de l'océan Indien occidental s'étalent de part et d'autre de l'équateur, entre quatre et vingt et un degrés de latitude sud. Cette position commande le rythme d'une journée de photographie : le soleil se lève et se couche vite, les crépuscules sont courts, et la lumière devient verticale dès le milieu de la matinée. La fenêtre exploitable en extérieur ne dépasse pas trois heures le matin et deux heures le soir.
La deuxième donnée est le relief. La Réunion culmine à plus de trois mille mètres, Maurice à un peu plus de huit cents, tandis que la plupart des îles coralliennes des Seychelles dépassent à peine le niveau de la mer. Une île haute intercepte les alizés, force l'air à monter, et fabrique des nuages en milieu de journée presque tous les jours. Une île basse n'a pas ce mécanisme et reste dégagée plus longtemps.
Sur une île haute, la météo est locale
À La Réunion, il est courant d'avoir un littoral ouest ensoleillé et un intérieur bouché à la même heure. Le photographe doit donc raisonner en versants et en altitudes plutôt qu'en journées. Les cirques et les remparts se photographient tôt, souvent avant huit heures, avant que la convection ne fabrique la couche nuageuse quotidienne. Passé onze heures, les hauts sont généralement dans les nuages.
Ce fonctionnement en étages se retrouve dans tous les archipels volcaniques, y compris sous d'autres latitudes : la page sur les deux visages de l'île espagnole décrit la même mer de nuages arrêtée à une altitude précise, poussée par des vents dominants constants.
Ce qu'il faut regarder en arrivant sur une île tropicale
- Le côté au vent et le côté sous le vent. Le premier reçoit la pluie et les nuages, le second reste sec : deux ambiances sur une même île.
- L'heure de formation des nuages. Sur une île haute, elle est remarquablement régulière d'un jour à l'autre.
- La couleur du sable. Corallien et blanc, il renvoie une lumière forte; volcanique et noir, il absorbe et durcit l'image.
- La barrière de corail. Sa ligne d'écume marque la limite entre le lagon clair et l'océan profond.
Le granit, un premier plan qui manque partout ailleurs
Les îles granitiques des Seychelles possèdent une particularité rare : d'énormes blocs de granit érodés, arrondis, posés sur le sable ou dans l'eau peu profonde. Pour le photographe, c'est un cadeau. La plupart des plages tropicales n'offrent aucun premier plan, et une image de sable et d'eau sans repère devient vite une carte postale sans profondeur.
Un bloc sombre au premier plan résout trois problèmes d'un coup : il donne l'échelle, il apporte le noir de référence dont l'image a besoin, et il crée une ligne de composition. Ce rôle du premier plan est le fondement même du travail au grand angle, comme l'explique la page sur le grand angle et les paysages du monde.
Trois heures, trois sujets
De six à neuf heures, la lumière est basse et l'air encore chargé d'humidité : c'est le moment des paysages, des reliefs et des plages avec premier plan. De dix à quinze heures, la lumière verticale éclaire le fond des lagons et ruine tout le reste : on photographie l'eau, les motifs vus de haut, ou l'on travaille à l'ombre, dans les marchés et les plantations. À partir de seize heures, la lumière redevient latérale et les cultures, les villages et les silhouettes reprennent le premier rôle.
La saison cyclonique, de novembre à avril, apporte une humidité et des ciels chargés qui donnent aux images une densité inhabituelle. Ce sont souvent les meilleures conditions pour les paysages de montagne, à condition d'accepter l'attente et les averses.
| Type d'île | Comportement de la lumière | Sujet caractéristique |
|---|---|---|
| Île haute volcanique | Nuages de convection dès le milieu de matinée | Cirques, remparts, cascades, forêt d'altitude |
| Île moyenne à lagon | Dégagée plus longtemps, lagon lumineux à midi | Barrière de corail, champs de canne, montagnes isolées |
| Île granitique | Lumière franche, peu de relief pour l'arrêter | Blocs de granit, plages, végétation littorale |
| Atoll corallien | Aucune ombre naturelle, réverbération très forte | Dégradés du lagon, cocoteraies, bancs de sable |
Un principe qui voyage
Sous les tropiques, le photographe ne choisit pas son heure, il la subit : c'est le relief et la convection qui décident. Accepter ce calendrier, c'est déjà la moitié du travail. Le même raisonnement, appliqué à un lagon sans relief, donne la lecture des profondeurs décrite dans la page sur les lagons des Caraïbes.
Et pour voir jusqu'où va cette lecture quand on prend de la hauteur au-dessus du plus grand lagon fermé du monde, la page sur le lagon calédonien vu du ciel constitue la suite logique de celle-ci.