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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Méditerranée et îles

Baléares et Canaries, deux visages de l'île espagnole

Deux archipels du même pays, séparés par près de trois mille kilomètres, offrent deux registres photographiques opposés : le calcaire clair et l'eau turquoise d'un côté, la lave noire et les brumes d'altitude de l'autre.

Méditerranée et îles

Crique encaissée entre des falaises calcaires blanches, des pins accrochés à la roche et une eau turquoise très claire au fond
Roche claire, fond clair, eau peu profonde : les trois conditions qui produisent le turquoise méditerranéen.

Les Baléares reposent sur un socle calcaire, prolongement des reliefs de la péninsule ibérique. Les Canaries sont un archipel volcanique de l'Atlantique, situé à moins de trois cents kilomètres des côtes africaines, dont le point culminant dépasse trois mille sept cents mètres. Ces deux origines géologiques suffisent à expliquer pourquoi les images qu'on en rapporte n'ont presque rien en commun.

Le calcaire est clair et réfléchissant. Quand il forme le fond d'une crique peu profonde, il renvoie la lumière vers la surface et l'eau devient turquoise. La lave est sombre et absorbante : au-dessus d'un fond volcanique, la même eau, à la même profondeur, apparaît bleu foncé, presque noire près du bord.

Aux Baléares, le problème est la transparence

Dans une crique de Majorque ou de Minorque, l'eau claire laisse voir le fond sur plusieurs mètres. La difficulté n'est pas la couleur mais le reflet du ciel qui se pose à la surface et masque tout. Deux paramètres le règlent. Le premier est l'angle : plus le regard est vertical, moins la surface réfléchit, ce qui explique que les vues plongeantes depuis une falaise donnent des eaux plus transparentes que les vues à ras.

Le second est l'heure. Un soleil haut éclaire le fond mais dépose un miroitement dur sur toute la surface; un soleil bas colore l'eau mais ne pénètre plus. Le meilleur compromis se situe entre neuf et onze heures, quand la lumière entre encore dans l'eau sans écraser la roche. Le même arbitrage se retrouve, en plus extrême, sous les tropiques : la page sur les lagons calédoniens vus du ciel montre ce que devient cette lecture des fonds quand on prend de la hauteur.

Ce qui change d'un archipel à l'autre

  • La couleur du sol. Calcaire clair aux Baléares, basalte noir aux Canaries : le sol décide de la couleur de l'eau et de la densité des ombres.
  • Le relief. Reliefs modérés en Méditerranée, volcans de plusieurs milliers de mètres dans l'Atlantique, avec leurs propres nuages.
  • Le vent dominant. Les alizés atlantiques poussent une mer de nuages contre les versants nord des Canaries presque toute l'année.
  • La végétation. Pins et garrigue d'un côté, laurisylve humide et coulées nues de l'autre.

Aux Canaries, le problème est le noir

Une coulée de lave récente absorbe presque toute la lumière qu'elle reçoit. Dans un même cadre, une plage de sable noir et un ciel de milieu de journée peuvent être séparés par plus de dix diaphragmes, ce qui rend l'image impossible à équilibrer. Il faut donc travailler tôt ou tard, quand le ciel baisse en intensité, ou attendre un ciel couvert qui réduit l'écart.

La lave offre en revanche quelque chose de rare : une texture. Cordons, boursouflures, scories, cendres striées par le vent. Ce relief ne se voit qu'en lumière rasante, comme celui des dunes ou des murets de culture. La démonstration générale de ce mécanisme est faite dans la page sur les rizières en terrasses et leur lumière rasante, valable à toutes les échelles.

Surface de lave noire figée en cordons parallèles, la lumière basse souligne chaque bourrelet de roche
Sur du noir, seule la lumière rasante fait exister la matière : de face, la coulée devient un aplat sans détail.
Mer de nuages butant contre un versant boisé en altitude, les troncs de pins émergent d'une brume dense
La mer de nuages, poussée par les alizés, s'arrête à une altitude précise et coupe le paysage en deux.

Ce que la hauteur change

Aux Canaries, monter de mille mètres revient à changer de pays. Au niveau de la mer, la lumière est celle d'une côte subtropicale, forte et humide. Au-dessus de la couche d'alizés, souvent entre douze cents et dix-huit cents mètres, on émerge dans un air très sec où le ciel est d'un bleu profond et où le contraste devient extrême. Les deux étages ne se photographient ni au même moment, ni avec les mêmes intentions.

Deux archipels, deux méthodes
CritèreBaléaresCanaries
Couleur de l'eauTurquoise sur fond clairBleu très sombre sur fond de lave
Heure la plus utileMilieu de matinée pour la transparenceDébut et fin de journée pour la texture
Difficulté principaleReflet de surface sur l'eauÉcart de luminosité entre lave et ciel
Sujet caractéristiqueCrique encaissée, pins, roche blancheCoulée, cratère, mer de nuages, sable noir

Un principe qui voyage

La couleur d'une eau ne se règle pas au traitement : elle se choisit en changeant de point de vue, de hauteur ou d'heure. C'est le fondement de toute photographie d'île, des criques méditerranéennes aux atolls, et la page sur les îles et la lumière tropicale de l'océan Indien en propose la version chaude, où granit et corail se partagent le rôle du calcaire.

Enfin, pour la façade atlantique continentale, où falaises volcaniques et patrimoine urbain se répondent à quelques centaines de kilomètres de distance, la page sur les façades et les falaises du Portugal complète directement cette comparaison.

À voir ensuite

Pour la question du blanc et du bleu poussée à son extrême, la page sur les îles grecques décrit un cas où la mer, très profonde, ne montre jamais son fond.

Et pour une île entièrement bâtie dans sa propre roche, la page sur les remparts maltais montre ce que devient le calcaire quand il passe du paysage à l'architecture.