Les plateaux du sud-ouest des États-Unis se situent entre trente-cinq et quarante degrés de latitude nord, à des altitudes souvent comprises entre mille et deux mille mètres. L'air y est sec et transparent, ce qui produit deux effets photographiques opposés. Le premier est une netteté remarquable jusqu'à l'horizon. Le second est une absence presque totale de perspective atmosphérique : rien ne pâlit avec la distance, donc rien ne dit au spectateur qu'un plan est plus lointain qu'un autre.
C'est la raison profonde pour laquelle tant d'images de grands espaces paraissent plates. Dans un paysage humide, la brume échelonne les plans toute seule. Ici, il faut fabriquer cette hiérarchie autrement : par un premier plan proche, par une ombre, par un repère d'échelle.
Le premier plan fait tout le travail
La règle est mécanique. Un objet placé à deux mètres de l'appareil apparaît beaucoup plus grand qu'un objet identique placé à cent mètres, et cette différence de taille apparente est ce que l'œil interprète comme de la profondeur. Un buisson, un rocher, une souche, une trace de roue : n'importe quel élément proche et net donne au canyon derrière lui la distance qui lui manque.
Ce principe est le fondement du travail au grand angle, dont la page sur l'art du grand angle en paysage détaille les conséquences : cette focale n'agrandit pas le paysage, elle grossit le proche et éloigne le lointain.
Ce qu'il faut regarder dans un paysage désertique
- La direction des ombres. Elles seules donnent le relief d'un plateau; à midi, le paysage devient une carte plate.
- La couleur de la roche. Grès rouge, calcaire blanc, basalte noir : chacune réagit différemment à la lumière chaude du soir.
- Un repère de taille connue. Route, véhicule, arbre, silhouette : sans lui, l'échelle est perdue.
- Les orages de fin de journée. En été, ils apportent les seuls nuages de la journée et transforment complètement un ciel vide.
La lumière qui n'entre jamais directement
Dans les canyons étroits, la lumière ne parvient au fond qu'après avoir rebondi sur les parois. Ce rebond a deux conséquences. La première est une dominante colorée très forte : la lumière prend la teinte de la roche, généralement orange, et cette dominante est réelle, pas un défaut à corriger. La seconde est un contraste faible au fond du canyon, ce qui permet de photographier confortablement en pleine journée.
Le même mécanisme de lumière rebondie éclaire les ruelles étroites de certaines villes, où le mur d'en face devient la vraie source lumineuse : la page sur les médinas marocaines et leur lumière tombante décrit cette configuration en milieu urbain.
Quatre heures pour un plateau
Sur un plateau désertique, la lumière utile se réduit à deux fenêtres de deux heures environ, autour du lever et du coucher. Entre les deux, le soleil haut supprime les ombres et la roche perd sa couleur. C'est le moment de descendre dans les canyons, de chercher les couverts, ou de travailler les détails de matière.
La saison compte tout autant. En été, la mousson du sud-ouest apporte des orages de fin de journée qui donnent des ciels spectaculaires et une lumière très contrastée. En hiver, le soleil reste bas toute la journée : les ombres s'allongent, la lumière chaude dure plus longtemps, et la neige sur la roche rouge produit un contraste que l'on ne voit qu'à cette période.
| Terrain | Difficulté principale | Solution |
|---|---|---|
| Plateau ouvert | Absence d'échelle et de plans | Premier plan proche, ombres longues, repère connu |
| Canyon étroit | Dominante orange, faible lumière | Assumer la couleur, travailler en milieu de journée |
| Désert de sel ou d'argile | Surface uniforme, réverbération | Motifs du sol, lumière rasante, ciel réduit |
| Falaise et arche | Contre-jour permanent | Silhouette assumée, ou lumière réfléchie du soir |
Un principe qui voyage
Sans repère d'échelle, il n'y a pas de grandeur en photographie : il n'y a qu'une forme. Cette règle vaut pour un canyon comme pour un monument isolé dans le sable, ce que montre la page sur les pyramides de Gizeh à l'heure dorée, où un chameau ou un groupe de visiteurs rendent d'un coup leur hauteur aux monuments.
Elle vaut aussi pour les paysages tropicaux, où l'immensité est horizontale plutôt que verticale : la page sur les couleurs et la lumière tropicale du Brésil aborde le même problème sur des littoraux et des reliefs couverts de forêt.