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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Nature et macrophotographie

Paysages du monde, l'art du grand angle

Un grand angle n'agrandit pas le paysage : il grossit ce qui est proche et éloigne ce qui est loin. C'est un outil de mise en scène du premier plan, et c'est pour cela qu'il rate presque toujours quand on l'utilise pour tout faire entrer dans le cadre.

Nature et macrophotographie

Roche rouge massive au fond d'une plaine désertique, touffes d'herbes sèches très proches au premier plan sous un ciel de fin de journée
Les herbes du premier plan ne sont pas un remplissage : elles fabriquent la distance qui sépare l'objectif du relief.

Une focale courte augmente l'angle de champ, donc la quantité de paysage visible. Mais elle produit surtout un effet de perspective : les objets proches occupent une part disproportionnée du cadre, et les objets lointains se réduisent. Un massif de trois cents mètres photographié à vingt millimètres depuis un kilomètre devient une bande minuscule au fond de l'image.

C'est là que se trouve l'erreur la plus répandue. On sort le grand angle devant un paysage impressionnant, et l'image obtenue est vide : le sujet a rétréci. Le grand angle ne sert pas à tout inclure, il sert à créer un rapport entre un premier plan très proche et un fond très éloigné. Sans premier plan, il n'a aucun intérêt.

Trouver un premier plan, à moins d'un mètre

Le premier plan efficace se situe souvent beaucoup plus près que ce que l'on croit : cinquante centimètres à un mètre de l'objectif. Une touffe d'herbe, une roche, une flaque, une souche, un motif du sol. À cette distance, l'élément occupe le tiers inférieur du cadre et devient une porte d'entrée dans l'image.

Cette porte d'entrée résout deux problèmes en même temps : elle donne l'échelle et elle donne la profondeur. C'est exactement le manque décrit dans les déserts très transparents, où rien ne pâlit avec la distance, dans la page sur les grands espaces de l'Ouest américain.

Ce qu'il faut vérifier avant de déclencher au grand angle

  • La distance du premier plan. S'il est à plus de trois mètres, l'effet disparaît et l'image redevient plate.
  • La position de l'horizon. Au milieu, il coupe l'image en deux; au tiers, il donne une direction.
  • Les bords du cadre. Un grand angle attire les éléments parasites sur les bords : on les vérifie un par un.
  • Le ciel. Un ciel vide occupe très vite la moitié du cadre : s'il n'a rien à raconter, il faut le réduire.

Quand le téléobjectif fait mieux

Il existe des paysages qui refusent le grand angle. Ceux qui sont faits de plans successifs et parallèles, crêtes, dunes, rangées d'arbres, gagnent au contraire à être comprimés par une longue focale. Le téléobjectif rapproche les plans les uns des autres, empile les valeurs, et transforme un relief étendu en une superposition de bandes claires et sombres.

C'est la technique employée pour les plaines couvertes de monuments ou les massifs successifs pris dans la brume, décrite dans la page sur les pagodes de Bagan dans la brume du matin. Le choix entre les deux focales n'est donc pas une préférence : il dépend de la structure du paysage.

Crêtes de dunes superposées vues au téléobjectif, alternance de bandes claires et d'ombres sans ciel visible
Comprimées au téléobjectif, les dunes deviennent un empilement de bandes : le paysage se fait graphique.
Rochers sombres au bord de l'océan, l'eau en mouvement forme un voile clair autour d'eux sous un ciel bas
Sur un littoral, un premier plan rocheux et une eau en mouvement donnent au grand angle son meilleur emploi.

La lumière décide encore

Aucune focale ne sauve une mauvaise lumière. Un paysage fait de reliefs bas et répétés, champs, dunes, terrasses, n'existe qu'en lumière rasante, parce que ce sont les ombres portées qui dessinent les formes. Ce mécanisme est démontré en détail dans la page sur les terrasses de riz éclairées à l'horizontale, et il vaut sur tous les continents.

À l'inverse, un paysage fait de masses colorées, forêts, prairies, landes, demande une lumière large et douce. La page sur les falaises et le vert irlandais sous ciel mouvant montre comment les deux régimes peuvent se succéder en une heure sur le même lieu.

Quelle focale pour quelle structure de paysage
StructureFocaleCondition de réussite
Premier plan fort, fond lointainGrand anglePremier plan à moins d'un mètre, net
Plans parallèles successifsTéléobjectifBrume ou différence d'éclairage entre les plans
Motif régulier vu de hautStandard, en plongéeLumière rasante pour marquer le relief
Espace vide sans repèreIndifférentUn élément de taille connue dans le cadre

Un principe qui voyage

Le choix de la focale est un choix de récit : le grand angle raconte un lieu depuis l'intérieur, le téléobjectif le raconte de loin, comme une carte. Cette même opposition existe au-dessus de l'eau, entre la plage et le survol, et la page sur les lagons calédoniens vus du ciel montre à quel point le sujet change quand la hauteur change.

À voir ensuite

Pour l'échelle opposée, celle où la profondeur de champ se compte en millimètres, la page sur la macrophotographie des fleurs constitue l'autre moitié de cette rubrique.

Et pour un terrain où le grand angle trouve son emploi le plus évident, la page sur les canyons et les déserts de l'Ouest américain détaille la construction d'un premier plan dans un espace vide.